Dans tout le contexte que je décris depuis quelques semaines (l'IA, la pression sur les budgets, le glissement du métier d'ingénieur pédagogique vers celui d'architecte pédagogique), je me suis aussi interrogée sur mon propre métier. Celui de vulgarisatrice de savoir en conférence, d'autrice, d'experte de l'apprentissage et de la formation continue.
Et j'ai observé que deux modèles économiques, qui semblaient jusqu'ici assez éloignés, sont en train de s'hybrider sous la pression de l'IA.
Deux mondes qui s'hybrident
D'un côté, le formateur expert traditionnel : quelqu'un qui a une expertise métier solide, une pédagogie construite, un suivi des apprenants, une progression pensée.
De l'autre, l'infopreneur, qui se transforme aujourd'hui en « formateur augmenté ». Ce sont des producteurs de contenus qui, pour scaler leur expertise, mettent en place des systèmes de distribution massifs, et proposent des formations à distance qui ne respectent en rien les codes classiques de la formation à distance : pas de suivi des apprentissages, pas d'exercices pour vérifier les acquisitions, pas de variété pédagogique dans les capsules, pas de storytelling. C'est, pour le dire simplement, du contenu brut d'expert qui montre ce qu'il sait faire.
En tant qu'experte de la pédagogie, j'avoue que ça me fait grincer des dents. Mais quand je vois le nombre massif de produits vendus sur ce modèle, je ne peux que m'incliner devant la réalité du marché.
Ce que les infopreneurs font bien, et ce qui leur manque
Soyons honnêtes sur ce que ce modèle apporte. Les infopreneurs maîtrisent la distribution et le scale d'une manière que la formation traditionnelle n'a, historiquement, jamais su faire. Ils maîtrisent aussi les codes de communication actuels : comment capter l'attention, comment présenter une offre, comment construire une audience.
Ce qui leur manque, en revanche, c'est tout ce qui constitue le cœur du métier de formateur : la pédagogie, le suivi des apprenants, la structure d'un parcours pensé pour faire progresser quelqu'un, et pas seulement pour lui montrer quelque chose.
« Ça me fait grincer des dents, mais... »
Je ne vais pas faire semblant : voir des contenus sans aucune structure pédagogique se vendre en masse, alors que j'ai passé des années à construire des méthodologies, ça me fait grincer des dents. C'est un peu comme si tout ce travail de fond comptait moins que la capacité à capter une audience.
Mais ce constat, au lieu de me braquer, m'a poussée à regarder ce que je pouvais en tirer. Parce qu'étudier ces infopreneurs m'a appris quatre choses, qui changent ma façon de voir mon propre positionnement.
Quatre enseignements
- -Le profil recherché en 2026, c'est l'hybride. L'expert pédagogique qui sait orchestrer l'IA pour produire beaucoup plus de contenus, moins cher, tout en conservant la vision et la validation métier, c'est le profil recherché aujourd'hui. Ni l'infopreneur seul (qui manque de pédagogie), ni l'expert pédagogique seul (qui produit trop lentement face à la pression du marché), mais la combinaison des deux.
- -La diversification B2C/B2B devient une protection. La formation B2C est sous pression, et le B2B le devient aussi, dans une mesure différente. Diversifier ses activités avec une offre en ligne basée sur des contenus (formations en ligne, abonnements, templates, outils) permet de se protéger d'une dépendance trop forte aux budgets institutionnels qui se contractent.
- -Les codes de communication des infopreneurs sont à reprendre. Ce n'est pas parce qu'un code de communication est associé à l'infopreneuriat qu'il faut le rejeter en bloc. Ces codes permettent de reprendre sa place sur un marché où l'attention est devenue la ressource la plus rare.
- -Revendiquer son expertise devient précieux. Dans un marché inondé de « prompts faciles » et de promesses de résultats instantanés, refuser la pensée magique, redonner aux experts leur pensée critique, expliquer le pourquoi du comment, c'est exactement ce qui devient rare, et donc précieux.
CogniScore® : refuser la pensée magique
C'est exactement ce que j'ai mis en place avec CogniScore®. Dans un contexte où l'IA donne l'impression que tout devient simple, instantané, accessible sans effort, CogniScore® part du principe inverse : la pensée critique, la rigueur méthodologique, la capacité à expliquer pourquoi quelque chose fonctionne (et pas seulement à montrer que ça fonctionne), restent des compétences à part entière. Ce n'est pas un outil de plus dans la pile des « prompts magiques ». C'est une réponse construite à cette pensée magique.
Où va-t-on ?
À la question « où va-t-on », je ne suis pas futurologue, et je ne vais pas faire semblant de vous répondre quelque chose de définitif. L'incertitude sur la destination finale est réelle. Mais la direction, elle, est lisible : être dans le train de l'IA, avec une posture critique et une expertise profonde, est nécessaire. L'IA ne remplace pas l'expérience accumulée, elle la rend simplement plus accessible à ceux qui savent l'orchestrer.
Si ce sujet vous parle, que vous soyez formateur expert qui hésite à intégrer ces nouveaux codes, ou infopreneur qui sent qu'il manque la dimension pédagogique à son offre, deux ressources peuvent vous intéresser : CogniScore®, pour structurer une pensée critique sur l'usage de l'IA, et Le Pont, pour accompagner les équipes L&D dans cette transition.
CogniScore®
Structurer une pensée critique et une rigueur méthodologique face à l'usage de l'IA, plutôt que de céder à la pensée magique.
Le Pont
Mon accompagnement des équipes L&D pour passer d'une expérimentation dispersée à une véritable stratégie d'usage de l'IA.
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